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LES AMOURS DE LOUISE DE LA VALLIERE ET DE LOUIS XIV Histoire du Palais Royal. Portrait du Roy. Amours du Roy et de Mademoiselle de La Vallière. Jalousie de la Reyne sur l'amour du Roy et de Mademoiselle de La Vallière.. [1665 ?]..
Manuscrit de 83 pages chiffrées et 8 pages non chiffrées, la première blanche. Veau du temps, dos orné, sans titre. Ecriture régulière à l'encre noire, mélangée de poussière d'or dans les titres.
Précieux manuscrit retraçant de manière très vivante les amours de Louis XIV et de Mademoiselle de La Vallière. Il ne s'agit pas d'une de ces copies tardives qui ont circulé à la fin du XVIIème ou au XVIIIème, souvent dans des recueils qui regroupaient plusieurs libelles, mais bien d'un des quelques exemplaires contemporains des "événements" relatés.
Le titre principal du manuscrit est "Histoire du Palais Royal. Portrait du Roy" ; un titre courant à la page 64 annonce l' "Histoire de l'amour feint du Roy pour Madame". Il s'achève à la page 83 par les mots :"Fin des amours du Roy et de Madmoiselle de La Valière" (sic). Suit un poème de 50 vers "Jalousie de la Reyne sur l'amour du Roy et de Madmoiselle de La Valière" (sic). L'ouvrage s'achève par 4 pages de renvois et d'ajouts. Il est à noter que le dos de la reliure est muet, c'est-à-dire qu'il n'y figure aucun titre, sans aucun doute par souci de discrétion.
Entièrement consacré aux amours de Louis XIV et de Mademoiselle de La Vallière, sans qu'il ne soit nullement question de la rupture survenue en 1667, ce "libelle"doit être daté de 1665, comme il est permis de le déduire de nombreux passages, en particulier :
1) "Le Roy se mit en teste que La Valiere fut bien veue des Reynes et pour cet effet il en parla à Madame de Montausier". (Page 34) [.....] "Mais, répartit la Reyne, comment puis-je voir cette fille, elle aime le Roy et le Roy n'aime qu'elle! Le Roy, qui estoit aux ecoutes entrant brusquement surprit si fort la Reyne qu'elle en rougit et saigna du nez de manière qu'elle se servit de ce prétexte pour sortir. La Reine, trois jours après, accoucha d'une petite fille morte, dont elle pensa mourir. Toutte la cour fut en prières pour elle, la Reine Mère fondoit en larmes auprès de son lit". (Page 35). [.....] "Cependant la Reine en présence de la Reine Mère et de son confesseur le pria de vouloir marier La Valière" (page 36).
Il s'agit probablement de la naissance de Marie Anne de France (novembre 1664, qui mourut en décembre de la même année), fille de Marie-Thérèse et de Louis XIV. Quant à la Reine-Mère, Anne d'Autriche, elle décéda en 1666.
2) "Le jour suivant, la joye se changea en douleur par un accident assez facheux, car, comme le Roy étoit auprès de sa maîtresse, beau comme un Adonis dans un de ces momens où on ne peut souffrir de tiers, la pauvre fille fut surprise du mal qui fait tant crier, mais elle en fut prise avec tant de violence et de convulsions si terribles que jamais homme ne fut plus embarrassé que le fust nostre Grand Monarque. Il appela du monde par la fenestre....(...) Ce fut un petit garçon qui donna toutes ces peines à notre Grand Roy..." (pages 45 à 47). [....] On ne pouvoit assez faire valoir à La Valière les marques d'amour que le Roy lui avoit donné, estant certain qu'il a naturellementt un coeur qui ne peut souffrir les incommoditez de l'accouchement et on a toujours veu qu'il a témoigné des répugnances horribles dans la chambre de la Reyne lorsqu'elle étoit en cet estat, et cependant il estoit sans cesse avec La Valière, lui faisoit prendre ses bouillons, et mangeoit auprès d'elle..." (pages 47-48)
Cette description est très probablement celle de la naissance de Philippe, le 7 janvier 1665 ; ce "petit garçon" dont la naissance effraya tant le roi mourut en juillet 1666.
La rupture entre Louis XIV et Mademoiselle de La Vallière survint en 1667 : il n'est nullement question dans ce manuscrit d'une rupture, ni consommée ni éventuelle. Leurs amours sont au zénith.
Les libelles manuscrits, toujours anonymes, circulaient à la Cour de France sous le manteau, avant d'être parfois imprimés, généralement en Hollande. Il pouvait exister quelques dizaines -parfois quelques centaines- de copies : mais, ils étaient régulièrement saisis et brûlés, leurs auteurs et leurs possesseurs condamnés à de lourdes peines, et seul un petit nombre a été conservé.
Il est possible de comparer in-extenso notre manuscrit avec "Le Palais Royal, ou histoire des amours de Mme de La Vallière" publié dans le tome II de l'Histoire Amoureuse des Gaules de Bussy Rabutin (Edition Boiteau de 1857, dans la Bibliothèque Elzévirienne), sous le titre "Romans historico-satiriques du XVIIème siècle recueillis et annotés par Ch. Livet." L'ouvrage est reproduit sur Internet par le Gutenberg Project. La comparaison de ces deux textes -a priori identiques- fait apparaître d'innombrables variantes à chaque page, et même à chaque phrase, souvent purement stylistiques, mais parfois plus considérables : nous n'en citerons que deux, imputables au copiste ... ou au lecteur..
a) "Trois jours après, elle [la Reine] accoucha d'une petite Moresque velue qui pensa la faire mourir" (Edition Livet) .../ "La Reine, trois jours après, accoucha d'une petite fille morte dont elle pensa mourir" (Notre manuscrit, page 35) Livet précise dans la note 88 " Nous sommes maintenant en 1667. Le 2 janvier de cette année, la reine eut une fille, qui porta son nom, Marie-Thérèse, et mourut le 1er mars 1672.--Qu'elle fût noire et velue, nous ne trouvons pas ailleurs ce renseignement". Certes ...Notons qu'il se trompe aussi sur la date -et donc sur l'enfant- puisque la Reine Mère, bien vivante, est toujours au chevet de sa fille ; il ne peut s'agir que de la naissance de Marie Anne de France, née à la mi-novembre 1664, et morte en décembre de la même année.
b) " Le Roy sortant de sa chambre vit passer Melle de Tonnecharente" (Edition Livet) / "Le Roy, sortant de ma chambre et voyant Madame d'Artigny" (Notre manuscrit, page 66). Il est évident que notre version est la meilleure, puisque ce passage se trouve dans l'"Histoire de l'amour feint du Roy pour Madame", récit tenu à la première personne par la Reine.
Louis Léouzon Le Duc, dans son "Voltaire et la police. Dossier recueilli à Saint Petersbourg parmi les manuscrits français originaux enlevés à la Bastille en 1789 (Paris, 1867) cite "un manuscrit formant deux petits volumes in-12, exclusivement consacré à la vie intime et privée [de Louis XIV]. Je ne connais rien de plus charmant à lire, tant à cause du piquant et de la nouveauté des anecdotes, que de la finesse des jugements et de la verte originalité du style. Voici le portrait qu'on y trace du grand roi ". Suivent les portraits de Louis XIV, et de Mademoiselle de La Vallière, naturellement issus de la même source que les deux manuscrits précédents, mais avec d'autres légères variantes encore. Ces manuscrits de Saint Petersbourg, dérobés à la Bastille, ont été acquis dans des conditions douteuses par Doubrowski "agent de la Russie" en France, et revendus à l'Empereur Alexandre en 1805.
Léouzon Leduc compare le manuscrit "Doubrowsky" à celui qui avait appartenu à Valentin Conrart (1603-1675), homme de lettres à l'origine de la fondation de l'Académie Française : là encore, des variantes importantes sont à noter. Il est possible que le manuscrit Conrart soit celui qui fut édité par Livet (Tome II de l'Histoire Amoureuse des Gaules), qui ne cite pas sa source.
Ces libelles sont considérés comme des éléments essentiels dans l'invention du roman classique français.
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