Intéressante lettre d'un marchand français installé à Galata, où les affaires "sont dans un calme affligeant" à cause de la guerre, et d'où on s'écarte "bien peu, si ce n'est au nombre de 7 ou 8, et escortés de quelques janissaires, sans cela il y a gros à parier qu'une promenade quelque courte qu'elle soit ne se terminât pas sans mal ... surtout pour ceux qui n'ont pas l'honneur de porter le turban. Les gens qui composent les troupes turques sont remarquables. Il est difficile de s'en former une idée sans les avoir vus .... ces messieurs qui arrivent icy chaque jour du fond de l'Asie sont aussi farouches que des ours et plus vigoureux que des boeufs. Ils sont d'ailleurs toujours munis de toutes pièces, savoir un sabre, deux pistolets, un tromblon, un fusil, deux poignards et couteaux, ils vont ainsi partout et même aux marchés, malgré les sages précautions que prend le capitaine Pacha pour contenir cette foule de forcenés."
Gravier envie ses compatriotes installés à Péra "où chacun (et chacune) respire la joie, [où] il y a eu continuellement des bals, fêtes, comédies, etc... dans les palais des divers ambassadeurs. Mgr le Comtede Choiseul-Gouffier, quoiqu'il soit malade depuis longtemps, n'a pas laissé que de donner des fêtes fort brillantes".
Sans pouvoir parler "des affaires politiques", Gravier indique cependant "que la paix est généralement désirée ; cependant les travaux de l'arsenal sont poussés avec beaucoup de vigueur."